Bloqué au même classement : pourquoi, et ce qu’il faut changer
Beaucoup de joueurs de club connaissent ce palier : des mois de parties, et le classement ne bouge pas. Pour progresser aux échecs quand on stagne, jouer davantage suffit rarement ; il faut trouver ce qui vous bloque et changer votre façon de vous entraîner.
Pourquoi les joueurs de club stagnent
Un palier est rarement une question de talent. C’est le plus souvent une question d’habitudes : votre façon de jouer, de revoir vos parties, de vous préparer. Quatre habitudes reviennent sans cesse aux échecs en club.
- Beaucoup de parties éclair, jamais revues. Dix parties de blitz dans la soirée donnent l’impression de s’entraîner, mais si vous ne les revoyez jamais, vous répétez les mêmes erreurs, en accéléré.
- Pas d’entraînement tactique régulier. Les parties de club se décident très souvent sur une tactique, et l’on ne repère vite les tactiques qu’à force de les voir.
- Espérer au lieu de calculer. Vous jouez un coup parce qu’il menace quelque chose, sans vérifier ce que l’adversaire peut répondre.
- Des ouvertures apprises comme de longues lignes. Quinze coups appris par cœur ne servent pas à grand-chose quand l’adversaire sort de la théorie au cinquième coup et que vous ne connaissez pas le plan.
La bonne nouvelle, c’est que chacune de ces habitudes peut changer, une à la fois. La suite de cet article les reprend l’une après l’autre, puis les rassemble dans un plan pour la semaine.
Jouer des parties plus lentes, et moins nombreuses
En bullet ou en blitz, on n’a pas le temps de réfléchir : on joue les coups que l’on connaît déjà, erreurs comprises. Une partie plus lente vous laisse le temps de chercher les menaces de l’adversaire, de calculer et de faire un plan : exactement ce que vous voulez apprendre. Une partie rapide où vous prenez quelques minutes sur chaque coup critique, ou une partie de club sur l’échiquier, vous apprend davantage qu’une douzaine de parties éclair.
Choisissez une cadence et tenez-vous-y, pour que votre classement à cette cadence vous dise quelque chose. Notre article sur les niveaux Elo aux échecs explique pourquoi les chiffres diffèrent d’un site et d’une cadence à l’autre, et pourquoi les écarts d’une seule soirée ne veulent pas dire grand-chose.
Trouver le coup qui a perdu chaque partie
Après chaque défaite, et chaque partie que vous avez failli perdre, cherchez le coup qui l’a décidée. Faites-le d’abord seul, avant le moteur : rejouez la partie et marquez les moments où vous hésitiez. Puis vérifiez avec un moteur et trouvez le coup où l’évaluation a basculé.
- Rejouez la partie sans aide et marquez les moments où vous hésitiez.
- Trouvez le coup perdant avec un moteur : celui après lequel la position n’était plus jouable.
- Écrivez une phrase : ce que vous auriez dû voir, avec des mots simples.
- Classez-le : une pièce laissée sans protection, une tactique manquée, pas de plan, une finale mal jouée, ou la pendule.
Au bout de dix ou vingt parties, vos notes dessinent une tendance. Chez beaucoup de joueurs, les mêmes quelques erreurs reviennent sans cesse, et cette liste est votre plan d’entraînement : ce sont vos propres parties qui l’ont écrit.
La vérification anti-gaffe : une question avant chaque coup
Beaucoup de parties perdues tiennent à un seul coup qui a ouvert la porte à l’adversaire. L’habitude qui l’évite est simple : avant de jouer, demandez-vous ce que l’adversaire pourra faire après votre coup, en commençant par les échecs, puis les prises, puis les menaces.
Les Blancs sont tentés par 1.dxc5, qui gagne un pion. Une vérification anti-gaffe trouve aussitôt la réponse des Noirs : 1…Da5+, un échec depuis a5, le long de la diagonale qui mène à e1. Le fou b5 est sur la même rangée que la dame, et rien ne le protège.
Si 2.Fd2, alors 2…Dxb5. Si 2.Cc3, qui pare l’échec et protège le fou, les Noirs éliminent le cavalier par 2…Fxc3+ 3.bxc3 Dxb5 : le fou g7 voit maintenant c3, parce que le pion a quitté d4. Dans les deux cas, les Blancs ont donné une pièce pour un pion. Mieux valait 1.c3, qui ferme la diagonale, ou 1.O-O, qui en retire le roi ; les deux gardent la partie équilibrée.
Avant chaque coup, demandez-vous ce que l’adversaire pourra faire ensuite : d’abord les échecs, puis les prises, puis les menaces. Cela prend un instant, et cela sauve des parties.
Cette seule habitude est le début du calcul. Notre article sur comment calculer aux échecs montre comment aller plus loin : les coups candidats, la meilleure réponse de l’adversaire, et la fin de la ligne.
Quelques exercices chaque jour, au bon niveau
Les exercices entraînent l’œil qui repère les tactiques, les vôtres comme celles de l’adversaire. Pour la plupart des joueurs, quelques-uns chaque jour valent mieux qu’une longue séance une fois par semaine : notre article sur le nombre d’exercices à faire par jour propose une routine simple. Choisissez un niveau où la plupart des exercices demandent une vraie réflexion et où peu vous laissent sans idée, et écrivez toute la ligne avant de regarder la solution.
The Knight’s Notebook vous apporte soixante exercices par mois à un niveau donné, dans un PDF à imprimer, avec toutes les solutions expliquées à la fin. Si vous voulez travailler un motif à la fois, 300 exercices d’échecs est classé en dix thèmes, chacun ouvert par une courte leçon.
Apprendre des plans plutôt que de longues lignes
L’étude des ouvertures peut facilement prendre tout votre temps, alors que ce n’est pas souvent dans l’ouverture que se perdent vraiment les parties de club. Au lieu d’apprendre de longues lignes par cœur, apprenez ce que veut chaque camp : où vont les pièces, quelle poussée de pion libère votre position, et les deux ou trois pièges qui reviennent sans cesse. Quand l’adversaire sort des sentiers battus dès le cinquième coup, vous savez encore quoi faire.
Un petit répertoire que vous comprenez vaut mieux qu’un grand dont vous ne vous souvenez qu’à moitié. Notre article sur le choix d’une ouverture montre ce que jouent vraiment les joueurs de club, et comment choisir des ouvertures aux plans clairs.
Ne pas négliger les finales
On voit souvent des positions gagnantes gâchées une fois les dames échangées. C’est en finale qu’un pion de plus devient une victoire, et qu’un roi passif peut tout gâcher. Inutile d’étudier la théorie pendant des mois : quelques bases mènent déjà loin.
- Les mats élémentaires, avec la dame, la tour ou les deux tours, sans faire pat. Notre article sur les mats élémentaires donne la méthode.
- Un roi actif. Une fois les dames échangées, le roi devient une pièce de combat : amenez-le au centre.
- Les pions passés. Poussez-les, soutenez-les, et placez votre tour derrière eux.
Un plan pour la semaine, pour sortir du palier
- Chaque jour : quelques exercices à votre niveau, avec toute la ligne écrite avant de vérifier.
- Deux ou trois fois par semaine : une partie plus lente, avec une vérification anti-gaffe avant chaque coup.
- Après chaque partie : trouvez le coup qui l’a perdue, écrivez une phrase et classez-le.
- Une fois par semaine : un thème de finale, ou une partie modèle dans une ouverture que vous jouez.
- Une fois par mois : relisez vos notes et travaillez le type d’erreur qui revient le plus.
Jugez ce plan sur vos parties, pas sur votre classement de la semaine. Aucune routine ne peut promettre un nombre de points Elo. Celle-ci vous montre sur quoi vous perdez vos parties, et vous donne le temps et le matériel pour y remédier.
Si vous préférez ne pas choisir les exercices vous-même, The Knight’s Notebook vous apporte soixante exercices par mois à votre niveau : Débutant, Intermédiaire ou Avancé. Vous pouvez d’abord essayer vingt exercices gratuits sur Lichess.