The Knight's Notebook

Trois pièges du Londres, vus des deux côtés de l’échiquier

Le Système de Londres est une ouverture calme, mais il cache des pièges qui gagnent du matériel dans les dix premiers coups. En voici trois, chacun avec son appât, sa réfutation et le signal qui l’annonce, que vous jouiez le Londres ou que vous l’affrontiez.

· 5 min de lecture

D’où viennent les pièges du Système de Londres

Le Londres place les mêmes pièces sur les mêmes cases dans presque toutes les parties, et c’est ce qui fait marcher ses pièges. Face à un dispositif tranquille, il est facile de se développer sans chercher de tactique ; et le joueur du Londres, qui joue les mêmes coups à chaque partie, peut passer à côté d’une pièce laissée en prise. Les trois pièges ci-dessous sont ceux de notre étude Lichess gratuite ; Le Système de Londres en douze leçons en compte dix.

Piège 1 : la diagonale d1-h5

L’appât : 1.d4 d5 2.Ff4 Cc6 3.e3 Fg4??, où le fou sort en attaquant la dame. Dans beaucoup d’ouvertures, …Fg4 cloue un cavalier en f3, mais ici aucun cavalier ne se trouve encore en f3, et 3.e3 a ouvert la diagonale de d1 à h5 : 4.Dxg4 prend tout simplement le fou.

a8b7c6d5e4f3g2h1
Après 3…Fg4??, les Blancs jouent : rien ne sépare la dame d1 du fou g4.

Un cavalier tombe de la même façon en h5, dans un autre ordre de coups : 1…Cf6 2.Ff4 d6 3.e3 Ch5?? 4.Dxh5. Il va en h5 pour chasser le fou f4, et atterrit sur la diagonale ouverte.

Comment ne pas tomber dedans. Avec les Noirs, une fois e3 joué, ne laissez pas une pièce sans défenseur en g4 ou en h5 tant qu’aucun cavalier ne se trouve en f3. Avec les Blancs, regardez g4 et h5 après chaque coup noir de l’ouverture, avant de poursuivre le dispositif : une pièce offerte passe facilement inaperçue quand on joue les mêmes coups à chaque partie.

Piège 2 : …f6? contre le cavalier e5

L’appât : 1.d4 d5 2.Ff4 e6 3.Cf3 c5 4.Cbd2 Fd6 5.Ce5 c4 6.e3 f6?, où les Noirs chassent le cavalier e5. Mais …f6 ouvre la diagonale qui va de h5 au roi en e8, et comme le cavalier a quitté f3, 7.Dh5+! y arrive tout de suite.

a8b7c6d5e4f3g2h1
Après 6…f6?, les Blancs jouent : la dame va de d1 en h5 et fait échec au roi en e8.

Les Noirs doivent s’interposer par 7…g6 : le roi ne peut pas s’écarter, car en e7 ou en f8, il serait maté par 8.Df7#, le cavalier e5 protégeant f7. Puis 8.Cxg6!, et après 8…hxg6 9.Dxh8, les Blancs ont gagné une tour contre le cavalier. Pourquoi cela marche : quand le pion h prend en g6, la colonne h s’ouvre de h5 à h8, où la tour attendait. C’est la même diagonale que dans le premier piège : avec le pion en e3 et le cavalier parti de f3 vers e5, plus rien ne barre la route de d1 à h5.

Comment ne pas tomber dedans. Avec les Noirs, roquez d’abord, ou protégez g6 par …Ce7, avant de jouer …f6 contre un cavalier en e5. Avec les Blancs, le signal est un roi encore en e8, …f6 qui vient d’être joué, la diagonale d1-h5 ouverte et seul le pion h pour garder g6 : pensez à Dh5+.

Piège 3 : la fourchette de pion en e5

L’appât : 1.d4 d5 2.Ff4 Cf6 3.e3 Ff5 4.c3 e6 5.Cf3 Fd6 6.Ce5 Cbd7 7.Cd2 Cxe5?, où les Noirs éliminent le cavalier e5. Reprendre avec le fou, 8.Fxe5, ne gagnerait rien : Stockfish préfère même les Noirs ensuite. La bonne reprise est 8.dxe5!, avec le pion : depuis e5, il attaque à la fois le fou d6 et le cavalier f6.

a8b7c6d5e4f3g2h1
Après 7…Cxe5?, les Blancs jouent : le fou d6 et le cavalier f6 se trouvent sur les deux cases qu’attaque un pion en e5.

L’une des deux pièces tombe, et les Blancs gagnent une pièce contre un pion. Prendre le pion ne sert à rien, car le fou f4 protège e5 : après 8…Fxe5 9.Fxe5, les Noirs ont perdu leur fou. Notre article sur la fourchette montre cette fourchette de pion à côté de celles du cavalier et de la dame.

Comment ne pas tomber dedans. Avec les Noirs, avant de prendre en e5 avec un cavalier, regardez d6 et f6 : un pion qui arrive en e5 toucherait les deux. Rien n’obligeait à prendre, et des coups tranquilles comme 7…h6 ou 7…De7 maintiennent l’équilibre, selon Stockfish. Avec les Blancs, quand les Noirs prennent en e5 alors qu’ils ont des pièces en d6 et en f6, reprenez avec le pion d.

Les sept autres pièges, dans le livre

La leçon 12 du Système de Londres en douze leçons réunit dix pièges tirés de vraies parties, chacun avec l’appât, la réfutation et la façon de l’éviter. Les trois premiers sont ceux que vous venez de voir. Les sept autres sont :

  • L’échec de la dame en a4
  • L’échec intermédiaire
  • L’enfilade sur la huitième rangée
  • Le sacrifice grec qui échoue
  • …Dh4+ après f2-f3
  • Le pion b7 empoisonné
  • …Da5+ et le fou b5

Parmi ces sept pièges, les trois premiers attrapent les Noirs, comme ceux de cet article. Les quatre derniers attrapent les Blancs : le joueur du Londres doit les connaître tout autant.

Comment vous approprier ces pièges

Les trois pièges ont un point commun : chacun punit un coup naturel joué sans regarder tout l’échiquier, un fou développé sur une diagonale ouverte, une poussée de pion qui ouvre la diagonale du roi, une prise qui laisse entrer un pion. Et chaque fois, la réponse des Blancs est un échec ou une prise : les coups à regarder en premier.

Un piège qu’on a seulement lu passe facilement inaperçu devant l’échiquier. Rejouez chacun sur un échiquier, en prenant tour à tour les Blancs et les Noirs, et retenez le signal qui l’annonce :

  • Après e3, la diagonale d1-h5 est ouverte tant qu’aucun cavalier n’est venu en f3 : regardez g4 et h5.
  • Roi en e8 et …f6 : cherchez Dh5+.
  • Les Noirs prennent votre cavalier e5 avec un cavalier : reprenez avec le pion d quand le pion attaquera deux pièces.

Entraînez-vous ensuite aux tactiques qui les rendent possibles, les pièces en prise et les fourchettes en tête, avec des exercices tirés de vraies parties comme ceux de 300 exercices d’échecs. L’étude Lichess gratuite montre ces trois pièges avec les trois premières leçons du livre et six exercices, et notre guide pour jouer le Système de Londres explique le dispositif d’où ils viennent.