The Knight's Notebook

La fourchette : un coup, deux menaces

Une fourchette attaque deux pièces d’un seul coup, et l’adversaire ne peut en sauver qu’une. C’est l’une des tactiques les plus fréquentes de la base d’exercices de Lichess, et l’une des plus faciles à apprendre à voir.

· 4 min de lecture

Qu’est-ce qu’une fourchette ?

Une fourchette est un coup qui attaque deux cibles à la fois : deux pièces, ou le roi et une pièce. L’adversaire n’a qu’un coup pour répondre, et l’une des deux tombe. Toutes les pièces peuvent faire une fourchette, mais le cavalier est le champion : il saute, on ne peut pas s’interposer, et son attaque ne dessine aucune ligne sur l’échiquier. On la voit donc mal.

Dans la base d’exercices de Lichess (6,2 millions d’exercices tirés de vraies parties), la fourchette apparaît dans 12,8 % des exercices, plus de deux fois plus souvent que le clouage : après le mat en un coup et le mat en deux coups, c’est la tactique la plus fréquente. C’est aussi l’un des dix thèmes de 300 exercices d’échecs, avec trente fourchettes d’environ 600 à 1800 Elo. Elles ont toutes un point commun : avant la fourchette, il y avait des signaux.

Trois signaux qui annoncent une fourchette

  • Deux pièces mal protégées, ou un roi et une pièce, qu’une de vos pièces peut atteindre ensemble.
  • Un échec qui attaque aussi autre chose. L’adversaire doit d’abord parer l’échec, et la seconde attaque passe.
  • Pour le cavalier : roi et dame sur des cases de même couleur, à un saut de la même case.

Le troisième signal vaut la peine d’être appris par cœur. Un cavalier change de couleur de case à chaque saut : il ne peut attaquer deux pièces à la fois que si elles sont sur des cases de même couleur. Quand le roi et la dame adverses sont tous les deux sur des cases noires, ou tous les deux sur des cases blanches, cherchez le saut de cavalier qui touche les deux.

La fourchette de cavalier, avec échec

h1g2f3e4d5c6b7a8
Les Noirs jouent. Classement de l’exercice : 600. Le roi blanc est en g1, la tour en c3 : quelle case touche les deux ?

Le cavalier noir en g3 peut aller en e2, et de e2 il attaque à la fois g1 et c3. 1…Ce2+ fait échec au roi et attaque la tour en même temps. Le roi doit se déplacer, par exemple 2.Rf2, et 2…Cxc3 gagne la tour.

C’est l’échec qui fait tout. Sans lui, les Blancs déplaceraient simplement leur tour. Avec lui, ils n’ont pas le temps : il faut d’abord parer la première menace, et la seconde passe gratuitement.

h1g2f3e4d5c6b7a8
Les Noirs jouent. Classement de l’exercice : 1212. La dame blanche en f3 est protégée par la tour f1 et par le roi.

Ici, le coup tentant est 1…Dxf3+, mais après 2.Rxf3, les dames sont échangées et les Blancs, avec une tour contre un cavalier, sont gagnants. La fourchette, elle, gagne la dame : 1…Ch4+ fait échec au roi en g2 et attaque la dame en f3. Après 2.Rg3, 2…Cxf3 prend la dame, et les Noirs l’ont gagnée contre un cavalier.

Avant de prendre une pièce protégée, demandez-vous si un échec ne pourrait pas la gagner gratuitement. Une fourchette avec échec est souvent la voie la plus propre.

La fourchette de pion

Les pions font aussi des fourchettes, et cela fait mal : un pion vaut moins que tout ce qu’il attaque. Un classique du Système de Londres : après 1.d4 d5 2.Ff4 Cf6 3.e3 Ff5 4.c3 e6 5.Cf3 Fd6 6.Ce5 Cbd7 7.Cd2, les Noirs prennent le cavalier par 7…Cxe5? et les Blancs reprennent du pion, 8.dxe5.

a8b7c6d5e4f3g2h1
Après 8.dxe5, les Noirs jouent : le pion e5 attaque le fou d6 et le cavalier f6.

Le pion e5 attaque le fou et le cavalier à la fois, et le prendre avec le fou ne sert à rien, car le fou f4 protège e5. L’une des deux pièces tombe, et les Blancs gagnent une pièce contre un pion. Ce piège est l’un des dix du Système de Londres en douze leçons, et vous le retrouverez avec deux autres dans notre article sur trois pièges du Système de Londres.

La fourchette de dame

La dame attaque dans huit directions à la fois, si bien qu’elle fait souvent fourchette avec un échec : le roi sur une ligne, une pièce mal protégée sur une autre. Cette pièce ne doit avoir aucun défenseur, car la dame vaut plus que tout ce qu’elle attaque.

Un classique du gambit écossais montre comment se prépare une telle fourchette. Après 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.d4 exd4 4.Fc4 Fc5 5.c3 dxc3?, 6.Fxf7+! Rxf7 attire le roi en f7, et 7.Dd5+ lui fait échec tout en attaquant le fou c5, que rien ne défend. Après 7…Rf8 8.Dxc5+, les Blancs ont récupéré la pièce. Notre article sur les pièges de l’Écossaise reprend ce piège coup par coup.

Comment exercer son œil

Voir les fourchettes est une affaire de répétition. Avant chaque coup, repérez les pièces mal protégées sur l’échiquier, les vôtres comme celles de l’adversaire, et cherchez une case qui en attaque deux. Puis résolvez quelques fourchettes chaque jour, sur papier, en écrivant toute la ligne avant de regarder la solution : vous apprenez à trouver d’abord la case, puis à vérifier que l’adversaire n’a pas de meilleure réponse. Quand vous en manquez une, cherchez le signal que vous n’avez pas vu : deux pièces mal protégées, un échec, ou un roi et une dame sur des cases de même couleur.

Notre article sur le nombre d’exercices à faire par jour propose une routine simple, et The Knight’s Notebook vous apporte soixante exercices par mois à votre niveau, dans un PDF à imprimer. Pour les tactiques qui agissent le long d’une ligne, lisez notre article sur le clouage et l’enfilade.