The Knight's Notebook

Le mat du berger en quatre coups, et comment s’en défendre

Le coup du berger est un mat en quatre coups : la dame et un fou visent f7 ensemble, et la dame y prend avec mat. Voici comment il fonctionne, comment le parer avec de simples coups de développement, et pourquoi, face à la bonne défense, la dame blanche se fait chasser et les Noirs gagnent du temps.

· 6 min de lecture

Qu’est-ce que le coup du berger ?

Le coup du berger, qu’on appelle aussi le mat du berger, est un mat rapide sur f7. Les Blancs sortent tôt la dame et le fou de cases blanches, les dirigent tous les deux vers la même case, à côté du roi noir, et font mat avant que les Noirs aient développé leurs pièces. Un ordre de coups courant est 1.e4 e5 2.Fc4 Cc6 3.Dh5 : le fou c4 et la dame h5 attaquent tous les deux f7.

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Après 3.Dh5, les Noirs jouent. La dame et le fou attaquent f7, que seul le roi défend. La dame attaque aussi e5, que le cavalier c6 protège.

Les Noirs doivent maintenant s’occuper de f7. Le coup de développement naturel 3…Cf6?? attaque la dame et semble actif, mais il ne fait rien pour f7. 4.Dxf7# est mat : la dame fait échec depuis f7, le fou c4 la protège, donc le roi ne peut pas la prendre, et le roi n’a aucune case de fuite. Ses propres pièces occupent d8, f8 et d7, et la dame contrôle e7.

Les Blancs peuvent aussi commencer par la dame : 1.e4 e5 2.Dh5 Cc6 3.Fc4 Cf6?? 4.Dxf7# mène au même mat. Dans cet ordre, la dame attaque e5 tout de suite, et c’est pourquoi les Noirs répondent 2…Cc6, un coup de développement qui défend le pion. Quel que soit l’ordre, la cible est la même case.

Pourquoi f7 est le point faible

Au début de la partie, f7 est le seul pion du camp noir qui ne soit défendu que par le roi. Tous les autres sont aussi protégés par une pièce : la tour garde a7 et h7, les fous gardent b7 et g7, la dame garde c7, d7 et e7. Deux attaquants suffisent donc pour gagner f7, et quand l’un d’eux est la dame et que l’autre la protège, la prise est mat.

Chez les Blancs, la case faible est f2, pour la même raison. C’est pourquoi tant d’attaques rapides dans les parties ouvertes finissent par une prise ou un sacrifice en f7 : dans notre article sur les pièges de l’Écossaise, deux des trois pièges passent eux aussi par f7. Une fois que les Noirs ont roqué, la tour f8 rejoint la défense, et le danger a presque disparu.

Comment parer le coup du berger

La défense est simple : protéger f7 ou couper la ligne qui y mène, et garder e5 protégé. Trois coups font l’affaire après 3.Dh5, et Stockfish juge que les trois maintiennent l’équilibre. Aucun ne demande de théorie d’ouverture.

Chasser la dame, puis fermer avec le cavalier

3…g6 attaque la dame avec un pion et ferme la diagonale de h5 à f7. La dame doit bouger, et elle va en général là où elle peut de nouveau attaquer f7 : 4.Df3. Alors 4…Cf6 place le cavalier entre la dame et f7, tout en développant une pièce. f7 est à l’abri, et le cavalier est sur sa meilleure case.

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Après 4…Cf6, les Blancs jouent. Le cavalier f6 coupe la route de la dame vers f7, et le pion g6 a fermé la diagonale depuis h5.

Ne jouez …g6 qu’une fois e5 protégé. Après 1.e4 e5 2.Dh5 g6??, la dame prend en e5 avec échec, 3.Dxe5+, et attaque en même temps la tour h8 : une fourchette sur deux lignes. Après 3…De7 4.Dxh8, les Blancs ont gagné une tour. Avec un cavalier en c6 qui défend e5, la même prise perdrait tout simplement la dame.

Défendre f7 avec la dame

3…De7 protège f7 et e5 à la fois. Le coup bloque un moment le fou f8, mais les Noirs peuvent continuer par …Cf6 et se développer normalement, puisque f7 est déjà couvert. 3…Df6 garde aussi f7 et maintient l’équilibre, mais la dame occupe alors la case naturelle du cavalier, et le cavalier g8 doit trouver une autre sortie.

Chaque fois que l’adversaire joue sa dame, demandez-vous ce qu’elle attaque maintenant. Si la réponse est f7 et qu’un fou vise aussi cette case, défendez f7 avant toute autre chose.

Pourquoi la sortie de dame est mauvaise pour les Blancs

Face à un joueur qui connaît la défense, le coup du berger ne rapporte rien aux Blancs. Pire, la dame est sortie tôt, et une dame sortie tôt devient une cible. Les Noirs peuvent l’attaquer avec des coups qui leur servent de toute façon : ils gagnent du temps pendant que les Blancs dépensent des coups à fuir.

Une suite raisonnable, vérifiée avec Stockfish, est 1.e4 e5 2.Fc4 Cc6 3.Dh5 g6 4.Df3 Cf6 5.Ce2 d6 6.Cbc3 Fg4 7.De3. La dame blanche a bougé trois fois en sept coups. …g6 et …Fg4 l’ont chassée, et les autres coups des Noirs ont sorti des pièces. La position est équilibrée, le piège a échoué, et les Noirs ont une partie confortable.

Si les Blancs s’acharnent sur f7, c’est pire. Après 4…Cf6, un essai tentant est 5.Db3??, qui place la dame derrière le fou et menace de nouveau de prendre en f7. Les Noirs répondent par une contre-menace.

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Après 5…Cd4, les Blancs jouent. Le cavalier attaque la dame en b3, et il menace de prendre en c2 avec échec, en attaquant aussi la tour a1.

5…Cd4! attaque la dame, et un échec du cavalier en c2 toucherait aussi la tour a1. Une réponse naturelle est de prendre un pion avec échec, 6.Fxf7+ Re7, mais la dame est toujours attaquée et doit encore bouger : 7.Dc4. Puis 7…b5! la chasse une fois de plus, et après 8.Dd3 Rxf7, le roi a pris le fou. Les Noirs ont une pièce de plus contre un pion. Stockfish leur donne une position gagnante quoi que jouent les Blancs après 5…Cd4 : voilà pourquoi 5.Db3 mérite deux points d’interrogation.

La leçon vaut dans les deux sens. Avec les Noirs, répondez à une sortie de dame prématurée par des coups de développement qui l’attaquent. Avec les Blancs, sortez d’abord les cavaliers et les fous, roquez, et gardez la dame chez elle tant qu’elle n’a pas de vrai travail. Un piège qui ne marche que si l’adversaire fait une gaffe est une mauvaise façon de commencer une partie.

Comment s’exercer, seul ou avec un enfant

Le coup du berger est une bonne première leçon pour un enfant qui vient d’apprendre la marche des pièces, et un parent qui joue peu peut l’enseigner. Il suffit d’un échiquier et de dix minutes :

  1. Installez la position après 3.Dh5 et demandez quelle case la dame et le fou attaquent tous les deux.
  2. Jouez 3…Cf6??, montrez le mat, et demandez pourquoi le roi ne peut pas prendre la dame.
  3. Jouez les trois défenses, 3…g6, 3…De7 et 3…Df6, et parlez de ce que chacune protège.
  4. Changez de camp : l’enfant prend les Blancs, tente le piège, et voit ce qui se passe quand vous vous défendez.
  5. Puis faites-en une habitude dans les vraies parties : après chaque coup de l’adversaire, regardez ce que la pièce qui vient de bouger attaque maintenant.

Cette dernière habitude, c’est exactement ce que les exercices entraînent. Notre article sur les premiers exercices d’échecs avec un enfant explique quand et comment commencer, et le niveau Débutant de The Knight’s Notebook (600 à 1000 Elo) est le bon point de départ : son premier cahier s’ouvre sur dix positions de mat en un coup, à résoudre au crayon.

Si vous êtes un adulte qui débute, l’étape suivante après le mat du berger est d’apprendre les autres mats qui reviennent dans les vraies parties : notre article sur les mats à connaître les passe en revue. The Knight’s Notebook vous apporte ensuite soixante exercices par mois à votre niveau, dans un PDF à imprimer, avec toutes les solutions expliquées à la fin.