The Knight's Notebook

L’appât et la punition : trois pièges de la partie écossaise

Un piège d’ouverture fonctionne parce que le mauvais coup a l’air bon : un pion gratuit, une pièce gratuite, un clouage qui semble tenir. Voici trois pièges classiques de la partie écossaise, chacun avec son appât, le coup qui punit l’erreur et la façon de ne pas tomber dedans.

· 5 min de lecture

D’où viennent les pièges de l’Écossaise

L’Écossaise ouvre le centre dès le troisième coup : les lignes s’ouvrent alors que les deux rois sont encore sur leur case de départ. Avant le roque, f7 et f2 ne sont défendus que par le roi, la colonne e mène droit à lui, et une pièce laissée sans défenseur peut tomber sur un échec qui l’attaque en même temps. Les pièges de cette ouverture se nourrissent de ces faiblesses. Dans les trois pièges ci-dessous, l’appât arrive avant le neuvième coup, alors que le roi noir est encore en e8.

Chaque piège suit le plan de notre cours : l’appât, le coup qui le réfute, pourquoi cela marche et comment ne pas tomber dedans. Ce sont trois des dix pièges de L’Écossaise en douze leçons, les trois qui sont aussi gratuits dans notre étude Lichess, où vous pouvez les rejouer coup par coup.

1. Le mat de Légal, dans le gambit Göring

Après 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.d4 exd4 4.c3 dxc3 5.Cxc3 d6 6.Fc4 Fg4 7.O-O, les Noirs jouent 7…Ce5?. Le cavalier attaque le fou c4, et le cavalier f3 semble cloué : s’il bouge, le fou g4 prend la dame.

a8b7c6d5e4f3g2h1
Après 7…Ce5?, les Blancs jouent. Le cavalier f3 est cloué sur la dame, pas sur le roi.

8.Cxe5! prend quand même le cavalier e5 et abandonne la dame. Si les Noirs la prennent, 8…Fxd1 9.Fxf7+ Re7 10.Cd5# est mat : le fou et les deux cavaliers contrôlent toutes les cases libres autour du roi. Si les Noirs laissent la dame, ils perdent quand même une pièce. Le mat de Légal fait partie des mats à connaître aux échecs.

Pourquoi cela marche : un clouage sur la dame n’est pas un vrai clouage, car la dame peut être donnée. La leçon pour les Noirs : développer les cavaliers avant de clouer avec …Fg4. La leçon pour les Blancs : quand votre cavalier est cloué sur la dame, demandez-vous ce qu’il pourrait faire si la dame n’était pas là.

2. Le fou c5 tombe, dans le gambit écossais

Après 1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.d4 exd4 4.Fc4 Fc5 5.c3, les Noirs prennent un deuxième pion par 5…dxc3?. Cela semble gourmand, mais sans risque. Ce n’est pas le cas : rien ne défend le fou c5, et seul le roi défend f7.

a8b7c6d5e4f3g2h1
Après 5…dxc3?, les Blancs jouent. Regardez f7, et le fou c5.

6.Fxf7+! Rxf7 7.Dd5+ est l’idée. Le fou est donné pour attirer le roi en f7, et l’échec de la dame frappe alors en même temps le roi et le fou mal protégé : une fourchette avec échec. Après 7…Rf8 8.Dxc5+, les Blancs ont récupéré la pièce. Les Noirs gardent un pion de plus pour l’instant, mais leur roi a perdu le droit de roquer.

Tous les pièges ne gagnent pas du matériel sur-le-champ : celui-ci donne aux Blancs le meilleur jeu face à un roi qui ne peut plus roquer. Le remède, pour les Noirs, est simple : avant de prendre en c3, vérifiez que le fou c5 est défendu.

3. Le mat par échec double, après 3…d5

Les Noirs ne sont pas obligés de prendre en d4. Avec 3…d5, ils contre-attaquent au centre, et une ligne continue par 4.Cc3 dxe4 5.Cxe4 Fg4 6.Fe2 exd4 7.Cxd4 Fxe2 8.Dxe2. Le cavalier blanc en d4 est maintenant attaqué deux fois sans aucun défenseur, et les Noirs le prennent : 8…Dxd4??.

a8b7c6d5e4f3g2h1
Après 8…Dxd4??, les Blancs jouent. Le cavalier e4 se trouve entre la dame e2 et le roi noir.

9.Cf6+! est un échec double : le cavalier fait échec depuis f6, et en quittant e4 il démasque un second échec, celui de la dame e2. Seul un coup de roi peut parer deux échecs à la fois, et le roi n’a qu’une case : 9…Rd8, puis 10.De8#. Prendre plutôt en d4 avec le cavalier ne vaut pas mieux : après 8…Cxd4??, 9.Cf6# est mat tout de suite.

Pourquoi cela marche : on ne peut parer un échec double qu’en bougeant le roi. Le meilleur coup des Noirs était de donner d’abord leur propre échec, 8…Fb4+. Plus généralement, quand votre roi est encore en e8 et qu’un cavalier blanc se tient devant la dame sur la colonne e, regardez chaque case où ce cavalier peut sauter avec échec avant de prendre quoi que ce soit.

Les sept autres pièges, dans le livre

La leçon 12 de L’Écossaise en douze leçons réunit dix pièges, chacun avec son appât, sa réfutation et la façon de l’éviter. En plus des trois ci-dessus, on y trouve :

  • La dame qui prend g2
  • Cxc6, puis Fxc5
  • Le pion e4 empoisonné
  • …Dh4+ et …Cxg3
  • La dame gourmande en g7
  • Le clouage sur la colonne e
  • La dame h4 prise par un échec

Deux d’entre eux attrapent les Blancs. Quand vous jouez l’Écossaise avec les Blancs, les pièges qui jouent contre vous comptent autant que ceux qui jouent pour vous.

Comment utiliser ces pièges dans vos parties

  • Jouez de bons coups, pas des pièges. Les pièges viennent d’eux-mêmes quand l’adversaire prend du matériel ou cloue trop tôt.
  • Avant de prendre, regardez les échecs de l’adversaire. Dans deux de ces pièges, le matériel gratuit est l’appât.
  • Comptez les défenseurs de f7 et de f2 avant le roque, et ceux de chaque pièce que vous laissez seule.
  • Rejouez chaque piège sur un échiquier, des deux côtés, jusqu’à pouvoir le tendre de mémoire.

Les motifs derrière ces pièges, le clouage, la fourchette et l’échec double, reviennent sans cesse dans l’Écossaise : notre article sur comment jouer la partie écossaise présente les cinq motifs de l’ouverture, et celui sur l’attaque à la découverte montre comment fonctionne un échec double.