Le mat en deux coups : échecs, prises, puis menaces
Dans un mat en deux coups, votre premier coup ne laisse aucune défense à l’adversaire, et le second fait mat. On le trouve avec une méthode, pas avec un éclair de génie : les coups les plus forçants d’abord, et chaque réponse vérifiée.
Qu’est-ce qu’un mat en deux coups ?
Un mat en deux coups se joue en trois temps : votre coup, la réponse de l’adversaire, et votre mat. Toute la difficulté est dans la réponse. Votre premier coup doit mener au mat contre toutes les défenses, pas seulement contre celle que vous attendez : si une seule défense s’en sort, ce n’est pas un mat en deux coups.
C’est l’un des types d’exercices les plus courants. Dans la base d’exercices de Lichess (6,2 millions d’exercices), on trouve le mat en deux coups dans 13,2 % des exercices : un peu moins que le mat en un coup (14,8 %), et plus que la fourchette (12,8 %), le plus fréquent des motifs. C’est aussi l’un des dix thèmes de 300 exercices d’échecs, avec trente mats en deux coups d’environ 600 à 1800 Elo.
La méthode : échecs, prises, menaces
Commencez par les coups les plus forçants, parce qu’ils laissent le moins de réponses à l’adversaire. Un échec n’a que trois parades : déplacer le roi, prendre la pièce qui fait échec, ou s’interposer. La liste est assez courte pour être calculée jusqu’au bout.
- Les échecs. Listez tous les échecs, y compris ceux qui sacrifient du matériel. Pour chacun, listez toutes les réponses et cherchez un mat après chacune.
- Les prises. Puis les prises, surtout celles qui éliminent un défenseur des cases autour du roi.
- Les menaces. Puis les coups tranquilles qui menacent de mater. L’adversaire a alors un coup libre : examinez toutes ses défenses.
Si un premier coup mène au mat après chaque réponse, vous l’avez trouvé. N’écartez pas un coup parce qu’il coûte du matériel : un mat en deux coups commence souvent par un sacrifice. Voici la méthode à l’œuvre sur trois exercices tirés de vraies parties.
Premier exercice : une prise avec échec
Les Blancs ont une dame et les Noirs n’en ont pas : un coup lent ne suffira pas. D’abord les échecs : il y en a deux, 1…Fxf2+ et 1…Txd1+. Après l’échec du fou, le roi le prend tout simplement, 2.Rxf2, et quitte la première rangée : pas de mat.
1…Txd1+ est le bon. Le roi ne peut pas bouger : ses propres pions occupent f2, g2 et h2, et la tour contrôle la première rangée. La dame ne peut pas prendre la tour, car son propre cavalier en f3 bloque la diagonale, et le fou h3 ne peut pas revenir en f1, car le pion g2 lui barre la route. Seul 2.Ce1 pare l’échec, et 2…Txe1# mate.
Le coup tentant est 1…Fxf3?, qui gagne un cavalier. Mais il laisse un coup aux Blancs, et 2.Txd8+ prend la tour noire avec échec : plus de mat, et ce sont les Blancs qui gagnent.
Deuxième exercice : un échec parmi trois
1…Dxf2+ gagne une tour, d’où la tentation, mais la dame n’est pas protégée : les Blancs reprennent, par exemple par 2.Cxf2. 1…Dxg2+ se heurte à 2.Txg2. Aucun de ces deux échecs ne mène au mat, et tous deux laissent les Blancs gagnants.
1…Dh2+ est le bon coup. Le fou d6 protège la dame, donc le roi ne peut pas la prendre, et h1 est contrôlé : il ne reste que 2.Rf1. Puis 2…Dh1#. La dame tient toute la première rangée, le fou f3 contrôle e2, et la tour et le cavalier blancs bouchent f2 et g2.
Les deux premiers exercices finissent de la même façon : un roi enfermé par ses propres pièces, maté sur la dernière rangée. Ce motif a ses propres signaux, que notre article sur le mat du couloir détaille. Notre article sur les mats à connaître présente les autres mats classiques.
Troisième exercice : un sacrifice de tour
Les Noirs n’ont qu’un échec, et il coûte une tour : 1…Txh2+. On est tenté de l’écarter à cause du matériel, et ce serait une erreur. Le roi doit prendre, 2.Rxh2, car le fou e3 contrôle g1. Puis 2…Dh4# : la tour a été donnée pour attirer le roi sur la colonne h, et la dame le mate sur cette colonne.
Un sacrifice ne coûte rien quand le mat suit : le matériel ne compte que si la partie continue. C’est le deuxième signal de la leçon sur le mat en deux coups, dans 300 exercices d’échecs : les sacrifices qui attirent le roi ou lui retirent sa dernière case libre. Cette position est d’ailleurs l’un des deux exemples commentés de cette leçon.
Quand échecs et prises échouent : le coup tranquille
Parfois, aucun échec ni aucune prise ne mène au mat. Vient alors la troisième étape : un premier coup tranquille, qui ne donne pas échec et ne prend rien, mais ne laisse à l’adversaire aucun moyen d’empêcher le mat. Souvent, il retire au roi sa dernière case libre, ou rapproche une pièce de plus.
Un coup tranquille laisse un coup libre à l’adversaire : examinez ses possibilités avec le même soin. D’abord ses échecs, puis ses prises, puis les coups qui couvrent la case du mat ou donnent de l’air au roi. La règle de la leçon : un premier coup calme convient si rien ne peut empêcher le mat qui suit.
Les erreurs fréquentes
- Jouer le premier échec venu. Dans le deuxième exercice, 1…Dxf2+ gagne une tour avec échec, et laisse filer le mat. Regardez tous les échecs avant de choisir.
- Prendre du matériel au lieu de mater. Dans le premier, 1…Fxf3? gagne un cavalier et laisse aux Blancs le temps de prendre la tour d8.
- Oublier une réponse. Une interposition, une prise de la pièce qui fait échec, un pas du roi : il suffit d’en manquer une pour que le mat n’en soit plus un.
- Refuser de sacrifier. Une tour donnée ne coûte rien quand le mat suit.
- S’arrêter après le premier coup. Tant que vous n’avez pas écrit la réponse de l’adversaire et votre mat, l’exercice n’est pas résolu.
Comment s’entraîner
Résolvez des mats en deux coups sur papier, en vous répétant la méthode : échecs, prises, menaces. Écrivez toute la ligne, avec la réponse de l’adversaire, avant de regarder la solution. Quand vous vous trompez, cherchez la réponse que vous avez manquée : c’est elle que l’exercice avait à vous apprendre. Notre article sur comment calculer aux échecs prolonge la même méthode au-delà des mats.
Commencez par des exercices faciles, jusqu’à ce que la méthode devienne automatique, puis augmentez la difficulté. Les deux premiers exercices ci-dessus sont dans notre étude Lichess gratuite, et 300 exercices d’échecs contient trente mats en deux coups, du plus facile au plus difficile, après une courte leçon sur les signaux. Pour un rythme quotidien, lisez combien d’exercices faire par jour ; chaque cahier The Knight’s Notebook apporte soixante exercices à votre niveau chaque mois.