The Knight's Notebook

Dix motifs tactiques, et les signaux qui les trahissent

La tactique aux échecs semble sans fin, mais les mêmes motifs reviennent de partie en partie. Voici les dix thèmes de notre livre d’exercices, avec les signaux qui annoncent chacun d’eux et leur fréquence dans la base d’exercices de Lichess.

· 5 min de lecture

Les dix motifs tactiques, et leur fréquence

Aux échecs, une tactique est une courte suite de coups forcés, échecs, prises et menaces, qui gagne du matériel ou donne le mat. Impossible de toutes les apprendre par cœur, et ce n’est pas nécessaire : elles reposent sur une poignée de motifs, et chaque motif a des signaux que l’on peut apprendre à repérer avant qu’il ne se produise. Notre livre 300 exercices d’échecs est construit autour de dix de ces motifs, avec une courte leçon et trente exercices pour chacun.

Voici la fréquence de chacun dans la base d’exercices de Lichess (6,2 millions d’exercices). Le mat en un coup figure dans 14,8 % des exercices et le mat en deux coups dans 13,2 % ; après ces deux mats, la fourchette est la tactique la plus fréquente, avec 12,8 %. Viennent ensuite, parmi nos dix thèmes, le clouage (6,0 %), l’attaque à la découverte (5,1 %), la déviation (4,3 %), les pièces en prise (3,6 %), le mat du couloir (3,4 %), la promotion (2,4 %) et l’enfilade (2,2 %). Un exercice peut porter plusieurs thèmes : les pourcentages se recoupent.

Avant chaque coup : mat en un coup et pièces en prise

Mat en un coup

Avant toute chose, cherchez un mat. Les signaux : les cases que le roi ne peut pas utiliser, bloquées par ses propres pièces ou contrôlées par les vôtres ; tous les échecs, y compris ceux qui se donnent juste à côté du roi ; et une pièce qui protège celle qui fait échec, pour que le roi ne puisse pas la prendre.

Pièces en prise

Une pièce que rien ne défend, ou qui est attaquée plus de fois qu’elle n’est défendue, peut tout simplement être prise. Regardez d’abord ce que le dernier coup adverse a laissé sans protection. Puis, avant de prendre, posez-vous deux questions : votre pièce sera-t-elle en sécurité ensuite, et la prise laisse-t-elle une de vos pièces sans défense ?

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Les Noirs jouent. Classement de l’exercice : 1226. Rien ne défend la tour blanche en e4, et deux pièces noires l’attaquent.

Prenez avec le fou : 1…Fxe4 contrôle d5, si bien qu’après 2.Cxd5, 2…Fxd5 prend aussi le cavalier. Prendre avec le pion semble tout aussi naturel, mais 1…dxe4? abandonne la case d5 au cavalier blanc : 2.Cd5! attaque à la fois la dame en b6 et la tour en c7, et ce sont les Blancs qui gagnent.

Les doubles attaques : fourchettes et attaques à la découverte

Fourchettes

Une pièce attaque deux cibles à la fois, et une seule peut être sauvée. Cherchez deux pièces mal protégées, ou un roi et une pièce, qu’une de vos pièces peut atteindre ensemble, ainsi que les échecs qui attaquent aussi autre chose. Pour le cavalier, le signal est un roi et une dame sur des cases de même couleur. Notre article sur la fourchette montre les trois signaux à l’œuvre.

Attaques à la découverte

Une de vos pièces se tient entre votre tour, votre fou ou votre dame et une cible adverse. Déplacez-la avec sa propre menace, une prise ou un échec, et vous créez deux menaces d’un coup. L’échec à la découverte est le plus fort : la pièce qui bouge peut aller n’importe où, même en prise. Notre article sur l’attaque à la découverte et l’échec double va plus loin.

Les tactiques de ligne : clouages et enfilades

Clouages

Une pièce adverse se trouve entre votre tour, votre fou ou votre dame et son propre roi ou sa dame. Clouée sur son roi, elle ne peut pas quitter la ligne : attaquez-la encore, avec un pion si possible. Et une pièce clouée ne défend plus vraiment : ce qu’elle semble protéger peut se prendre gratuitement.

Enfilades

L’enfilade, c’est le clouage à l’envers : la pièce précieuse est devant. Cherchez un roi ou une dame sur une rangée, une colonne ou une diagonale avec une autre pièce derrière, et un échec le long de cette ligne : le roi doit s’écarter et abandonner ce qui se trouve derrière lui. En finale, un roi et une tour sur la même ligne sont une cible classique. Notre article sur le clouage et l’enfilade propose un exercice pour chacun.

Les schémas de mat : le couloir et le mat en deux coups

Mats du couloir

Un roi sur sa dernière rangée, derrière des pions qui n’ont pas bougé, n’a aucune case de fuite. Comptez les défenseurs de cette rangée : s’il n’y en a qu’un, éliminez-le ou détournez-le. Puis cherchez une tour ou une dame qui peut atteindre la rangée, quitte à sacrifier d’abord. Notre article sur le mat du couloir montre aussi comment protéger votre propre roi. Les autres mats classiques sont dans notre article sur les mats à connaître.

Mat en deux coups

D’abord les échecs, puis les prises, puis les menaces : les coups les plus forcés laissent le moins de réponses à l’adversaire. Cherchez les sacrifices qui attirent le roi ou lui retirent sa dernière case libre. Et n’écartez pas un premier coup tranquille : il suffit que rien ne puisse empêcher le mat qui suit. Notre article sur le mat en deux coups donne la méthode pas à pas.

Éliminer le défenseur : déviation et promotion

Déviation

Une pièce adverse remplit deux missions, ou bien elle est le seul défenseur d’une pièce ou d’une case. Obligez-la à répondre à un échec ou à une prise, et elle quitte son poste. Puis regardez ce qu’elle gardait : c’est votre cible.

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Les Noirs jouent. Classement de l’exercice : 600. Le roi blanc en g1 est le seul défenseur du fou en f1.

1…Dxf2+ prend un pion avec échec, et le roi doit bouger, en h1 ou en h2. Aucune de ces deux cases ne touche f1 : après 2.Rh1, 2…Dxf1+ gagne le fou. Le coup tentant 1…cxd4? prend plutôt un cavalier, mais après 2.Dh5+, l’avantage des Noirs s’envole.

Promotion

Un pion passé à une ou deux cases de la dernière rangée est une arme. Repérez la pièce qui le bloque ou qui garde sa case de promotion, puis prenez-la, détournez-la ou attirez-la ailleurs. Quand c’est possible, promouvez avec échec ou en prenant : vous gagnez un temps.

Comment travailler les dix motifs

Apprenez les motifs un par un, puis mélangez-les. Résolvez quelques exercices d’un même thème jusqu’à ce que ses signaux deviennent automatiques, puis passez à des séries mélangées, où rien ne vous dit quoi chercher, comme en partie. Travaillez sur papier, et écrivez toute la ligne avant de regarder la solution.

Notre article sur le nombre d’exercices à faire par jour propose une routine simple. Vous pouvez commencer par les vingt exercices gratuits de notre étude Lichess, deux par thème. Ensuite, The Knight’s Notebook vous envoie soixante exercices à votre niveau chaque mois.